Aime-moi Mamour

LE DRAME DE L’INDOCHINE !

Le désenchantement avait commencé en 1940 - après la défaite contre l’Allemagne nazie - par l’occupation progressive de notre lointaine colonie d’outre mer par les Japonais, qui en avait ensuite proclamé l’indépendance sous le nom de Viet-Nam...

En 1941, Ho-Chi-Minh – qui avait fait ses études en France en qualité de boursier, et fréquenté le Boulevard Saint Michel à la même époque que moi - fondera le Viet-Minh, le parti de l’indépendance.

En 1945, les services des renseignements américains pactiseront avec lui, désireux de récupérer les corps de leurs pilotes tués par les Japonais. Cet accord se fait contre de Gaulle, et facilite la révolte des premiers combattants rebelles désormais équipés d’armes américaines.

Après la capitulation du Japon le 15 août 1946, les paras U.S. installeront Ho Chi Minh à la tête du Viet Nam, accompagné d’un inconnu, Giap, à Hanoï !

En 1948, la France, renaissante mais ruinée, entend réagir. Elle charge l’Amiral d’Argenlieu de rétablir notre souveraineté sur ce lointain pays, situé à 12.000 kms de Paris !

Aussitôt Hanoï se révolte contre nous, et se donne à Ho Chi Minh le 25 août !

Une semaine plus tard, celui-ci instaure la République du Viet-Nam. La France envoie alors le Général Leclerc avec quelques troupes, pour pacifier notre ancienne colonie, sans véritable succès.

La reconquète de l’Indochine ne commence vraiment que le 24 novembre 1948, avec le bombardement par la flotte française du port de Haï Phong occupé par les rebelles, et la répression par la force de certains mouvements armés Viets.

Ho Chi Minh et Giap se réfugient alors dans la montagne.

Entre 1947 et 1950, chassé-croisé de négociations avortées entre les gouvernements français et Ho Chi Minh, dans le but de faire de notre ancienne colonie, un «Etat Associé» dans le cadre de l’appartenance à «l’Union Française»... Ubiquité politique sans vrai résultat concret.

En janvier 1950, les choses se gâtent : La Chine reconnaît Ho Chi Minh, et lui envoie des armes au travers de leur frontière commune du Tonkin.

Le 3 octobre, premiers revers militaires... D’abord nos forces doivent évacuer en catastrophe Cao Bang, abandonnant 3.000 prisonniers ! Puis, Lang-Son, sans avoir le temps de détruire nos stocks militaires...

Nos forces se replient alors sur Dong Kai.

En dépit de ces humiliations qui scandalisent les hommes de la trempe de mon père, sous l’influence du groupe communiste de l’Assemblée - il y a, rappelons-le, 30 % d’élus communistes à l’Assemblée ! - le gouvernement décide contre toute logique, des réductions d’effectifs militaires en Indochine !

Le résultat ne tarde pas... En septembre, Giap, armé par la Chine, reprend l’offensive dans le Nord Tonkin. Dix bataillons attaquent Dong Kai tenu par une garnison de 2.500 hommes. On envoie 3.500 Marocains en renfort pour combattre dans cette jungle impénétrable. Pourtant le 8 octobre, Dong Kai est submergé, en dépit du largage désespéré de trois bataillons de paras ! La retraite des survivants sera épuisante, dans une zone contrôlée par les Viets...

Panique au Haut Etat Major français et à Paris ! Ordre d’évacuer en hâte de la moitié du Nord Tonkin où se situent toutes nos meilleures fortifications et aérodromes, sans même prendre le temps de détruire le matériel ! C’est notre plus grave défaite coloniale depuis celle subie au Canada français par Louis XIV, devant Québec !

Devant la gravité de la situation, le Service militaire, est porté de douze à dix-huit mois.

Le Général De Lattre est chargé de rétablir la sécurité de nos ressortissants, grâce à l’envoi de nouvelles forces, en fin 1950.

Début 1951, enfin un succès français, à Vinhyen, où l’aviation française emploie pour la première fois des bombes au napalm : Giap y perd 6 000 hommes.

Les U.S.A. - qui ont enfin compris le danger mondial de l’expansion communiste - décident maintenant de nous aider, car les troupes de Giap, menacent maintenant Hanoï. Le général De Lattre parvient, in extremis, à sauver la ville ! Il réclame aussitôt des renforts…

Qui lui seront refusés !

La situation s’aggrave... Le bâtiment de guerre «l’Adour» explose en rade de Saïgon...

Les Viets, pour assurer leur subsistance alimentaire, déclenchent «l’offensive du riz», dans la riche plaine du delta tonkinois, ce qui nous met en grande difficulté.

Très malade, le Général de Lattre de Tassigny - qui vient de perdre son fils au cours des derniers combats - est rapatrié en France où il ne survivra que quelques semaines...

Il est remplacé par Salan, en novembre.

Fin d’année ont lieu de durs combats, indécis, à Hao-Binh, ville qui sera finalement perdue le 14 février.

D’autre part, depuis le début 1952, on assiste à d’importantes infiltrations Viets dans le delta du Tonkin, ainsi qu’à une vague d’attentats à Saïgon : Il est évident que Giap tente de couper la route entre Hanoï et Saïgon.

Le fils du Général Leclerc est fait prisonnier par les Viets ! Les combats s’enlisent, décourageants, contre un ennemi insaisissable...

Une partie de la France commence à s’interroger sur l’intérêt d’une guerre aussi lointaine...

En octobre, Giap intervient dans les Hauts plateaux Thaï.

Salan décide alors de frapper un grand coup : Il s’attaque aux bases de ravitaillement des Viets au Tonkin, et tente de contraindre au combat ou à la retraite, les trois divisions Viet qui avaient atteint la frontière du Laos.

Après une progression épuisante de 160 kilomètres dans une zone infestée d’adversaires, Salan doit se rendre à l’évidence : L’ennemi refuse systématiquement le combat...

Notre repli est décidé. Il sera marqué d’embuscades et de lourdes pertes. Pratiquement, l’objectif de Salan n’a pas été atteint.

En revanche, on constate depuis décembre, que l’aide des Soviétiques est devenue plus effective : Camions, armes, munitions, arrivent à foison. Et aussi que la Chine intervient désormais directement sur le terrain avec ses propres troupes…

En janvier 1953, c’est l’offensive Viet en Annam !

En mars, le Cambodge se déclare indépendant.

En avril, trois divisions Viets envahissent le Laos, défendu par une armée de 10.000 supplétifs encadrée par 3.000 soldats français. Celle ci est submergée par le nombre. A nouveau c’est une fois de plus la retraite !

Un aérodrome est improvisé pour permettre un pont aérien depuis Saigon, afin de transporter des troupes, du matériel, et même des tanks. La capitale du Laos, Vien-tiam, sera ainsi épargnée.

Salan est remplacé par le Général Navarre, auquel on prête un plan original pour briser la puissance militaire Viet...

Le 31 mai, les U.S.A. nous promettent une aide militaire accrue, rendue possible par la fin de la guerre de Corée. Mais, pour la même raison, la Chine populaire va pouvoir concentrer tous ses efforts en Indochine contre nous !

Le 24 juillet, la première opération du « plan Navarre» a lieu près de la frontière chinoise, à Lang Sou. Giap à nouveau se dérobe…

Dégrisé, le Général Navarre apprend sur le terrain toutes les embûches et les ressources d’un ennemi insaisissable, qui refuse le combat, mais harcèle, attaque là où on l’attend le moins... Dans un rapport secret au Gouvernement, il estime que l’on ne peut plus guère espérer qu’un «coup nul», dans le conflit indochinois... L’abandon du Laos est envisagé.

Le 29 novembre, le Général Navarre choisit de constituer, dans la cuvette de Den Bien Phu, un «hérisson» défensif puissamment armé et doté d’un aérodrome «dakotable», qui interdirait l’accès du Laos aux divisions Viets !

L’investissement de cette région, proche de la frontière laotienne, est un succès pour les parachutistes du Commandant Bigeard. Commencent alors rapidement, les travaux de fortification.

En face, sous le couvert de la forêt tropicale impénétrable, Giap rameute en secret les divisions qui devaient envahir le Laos : les divisions 316, 308, 312 et 351, ainsi que la moitié de la 314, aidées par 80.000 coolies.

Ceux ci, par des chemins forestiers dérobés, vont apporter, à l’aide de bicyclettes, les pièces démontées e centaines de mortiers de 120 mm, de canons de 105 mm, ainsi que des canons de D.C.A., et leurs munitions !

Bientôt, le camp de Dien Bien Phu est complètement assiégé !

Mesurant tardivement le rapport désastreux des forces en présence, le Général Navarre est pessimiste : Il envisage, dès les premiers jours de février 1953, un plan d’évacuation par pont aérien. On semble disposer de temps.

Or, subitement, le 13 mars 1954, les Viets attaquent ! Les points d’appui extérieurs, Béatrice, puis Gabrielle et Anne-Marie, tombent. La D.C.A. ennemie gêne les bombardiers français. Le pont aérien connaît des difficultés.

Le 20, les U.S.A., inquiets, envoient une aide limitée de 25 super bombardiers B.26, tandis que les démocraties populaires d’Europe de l’Est transmettent au Viet Minh, une aide de 500 millions de dollars !

Le 30, aucun avion ne peut plus se poser sur les pistes de la citadelle assiégée. Les blessés sont entassés par centaines dans des abris souterrains. Le 14 avril, les Viets sont à 600 mètres du poste de commandement du Colonel de Castries, qui a remplacé Bigeard.

Le gouvernement français fait appel aux Américains, seuls capables par la puissance de leur aviation, d’inverser le cours de la bataille. Mais ceux-ci, craignant une internationalisation du conflit - ils n’ont pas oublié la guerre de Corée et l’intervention soudaine de la Chine – se dérobent !

Le 6 mai, c’est l’assaut final. Les 8.000 défenseurs encore valides sont submergés par le surnombre des ennemis. Ils seront tous faits prisonniers.

C’est l’effondrement de la France à Dien Bien Phu, précisément là où nos stratèges pensaient mettre l’ennemi à genoux !

En France, c’est la consternation ! Pour les hommes de ma sensibilité, l’humiliation suprême !

Le 18 juin, à Paris, un nouveau ministre succède à Laniel : Pierre Mendes France. Celui-ci décide de régler définitivement l’affaire indochinoise. Dès le 28 commencent des opérations d’évacuation du Tonkin.

Giap et Ho Chi Minh triomphent !

Le 20 juillet, le cessez-le-feu est signé à Genève. L’Indochine est coupée en deux zones, à hauteur du 17 ième parallèle. Le Laos et le Cambodge sont neutralisés. Nous évacuerons Hanoï et Saïgon. Nos forces devront se regrouper au sud. Celles de Ho Chi Minh, au nord. Des élections sont envisagées pour tenter de résoudre le problème de la réunification de ces deux zones.

En fait, ces accords consacrent notre défaite, et la perte du plus beau fleuron de notre empire colonial d’outre mer: l’Indochine française !

Pour moi, depuis notre tentative de reconquête à partir de novembre 1946, j’ai douloureusement vécu ce drame. Constatant très tôt son pourrissement en raison d’un manque d’énergie politique, par l’absence de volontarisme chez nos responsables.

Au départ, en 1946, en dépit de désordres sporadiques dus à une absence de cinq ans, la situation était loin d’être désespérée : Il s’agissait d’une reprise en mains, mais vigoureuse et ferme par la France, d’un pays ami depuis plus d’un siècle.

Il fallait, dès les premiers temps, entreprendre une opération militaire massive de plusieurs centaines de milliers d’hommes pendant quelques mois, pour réhabituer ce peuple à notre puissance protectrice : «La paix française», comme avait régné en Gaule, la «Pax romana». Et non des actions de police par « petits paquets ».

Pacification qui aurait permis à des provinces, autrefois ennemies et constamment en guerre, telles que l’Annam, le Laos, la Cochinchine, le Tonkin, de vivre des décades d’années de paix, grâce à la présence française.

Telle était mon analyse, et la stratégie à laquelle je m’attendais.

Or, au lieu de cela, le gouvernement choisira l’envoi d’un «contingent» militaire minimum... Le mot parle de lui-même ! Et ce qui devait arriver arriva.

La « rébellion », parfaitement orchestrée par un de nos fils spirituel devenu passionnément nationaliste, Ho Chi Minh, aura tout le temps voulu pour unifier les différentes provinces indochinoises sous son autorité, et constituer avec des armes venues de Chine une véritable armée moderne, qu’un génial stratège, Giap, va animer.

Dans l’intervalle, une intense propagande par Commissaires Politiques du pays, va exacerber en profondeur l’esprit national endormi, susciter la haine et la vengeance. Finalement entraîner tout un peuple dans la spirale infernale de la guerre.

A partir de 1952, à l’évidence, c’était déjà sans solution.

A ce stade, raisonnablement, je serai obligée d’admettre qu’à terme, il sera difficile de conserver notre lointaine possession... De nous opposer, seul, à tout un peuple de quarante millions d’habitants, intelligent, patriote et farouchement déterminé.

Et en outre, puissamment aidé par l’U.R.S.S. et la Chine communiste, alors que les U.S.A. nous avaient pratiquement abandonnés... Donnant même l’impression de vouloir plutôt substituer leur influence et leurs intérêts aux nôtres, dans cette partie du monde...


Néanmoins, je ne désespère pas que la leçon des «petits moyens» - dont l’inefficacité vient de nous être administrée de si éclatante façon - ne soit retenue par nos gouvernements à venir.

Notamment sur d’autres théâtres d’opérations coloniales, où notre puissance militaire devra intervenir cette fois, avec toute la détermination indispensable, pour restaurer notre autorité.

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Maurice NONET
Dernière modification le : February 27 2007 17:23:17.
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