Le temps des vacances d'été est advenu.
Et puisque ma santé parait se maintenir et même s’améliorer, pour la première fois ce seront celles du soleil et de la mer !
D’autant plus que les trente-deux printemps de mon épouse bien aimée, lui ont donné les formes et les rondeurs d'une féminité triomphante. Et que la satisfaction de se sentir aimée, et d’être devenue une professionnelle de la mode appréciée, ajoutent à sa gaieté naturelle, une expression de contentement d'elle-même qui la rend presque radieuse.
Alors, ayant remarqué son amour de l'eau et des sports nautiques lors de nos passages réguliers à la piscine Molitor à Paris, et au Touquet, je décide que cette année nous partirons passer nos vacances sur les bords enchantés de la Méditerranée, que nous ne connaissons ni l'un ni l'autre.
En camping bien entendu, mais novation de taille, pour une durée de quatre semaines ! Oui ! Pour la première fois depuis 1939 et la déclaration de la guerre, presque un grand mois de repos !
Et pour la première fois aussi, la « grande bleue »…
La Méditerranée ! Mot magique en ces années d’après guerre. Synonyme de soleil, de chaleur, de fleurs, de palmiers, de ciel et de mer toujours ensoleillés !
Seule une minorité de privilégiés peut s'y rendre encore. Et pour y parvenir, elle emprunte alors soit le légendaire "train bleu" Paris – Côte d’azur, soit la célèbre « nationale N° 7 », la route du soleil.
La « nationale 7 » !
Combien de fois sommes-nous allés, avec mes parents quand nous habitions Athis, nous asseoir sur un banc près d'Orly - alors petit village agricole de quelques fermes, voisin d'un terrain d'aviation militaire nanti de ses deux hangars demi cylindriques de deux cents mètres de long destinés à abriter les dirigeables type Zeppelin - en bordure de cette route, appelée à et endroit, « route de Fontainebleau » !
Nous restions là, des heures, à regarder, rêveurs, passer les belles voitures descendant vers le Sud… Peut-être vers ces cités de lumière aux noms enchanteurs : Orange, Valence, Marseille, Toulon, Nice et sa fameuse "promenade des Anglais" qui longe la "Grande Bleue", ou Cannes et sa « Croisette »…
Ce voyage vers le midi de la France, en 1954, était alors plus extraordinaire que ne le sont aujourd'hui ceux vers les Antilles ou l’île Maurice ! Trois mois à l'avance, nous en avions rêvé tous les soirs !
Enfin, le jour du départ arrive. Nous avons prévu deux jours de voyage par notre vaillante petite Simca 8, lourdement chargée de tout notre matériel, tente, transats, bagages… Ainsi que des flacons de l'indispensable "Ambre Solaire".
Quelle expédition ! Inconcevable aujourd'hui où l'on traverse la France, de Lille à Nice, en dix heures, et de panneau d'autoroute en panneau d'autoroute... Où les villes ne sont plus que des lettres blanches sur une plaque à fond bleu. Les régions, les provinces, les lieux historiques, traversés à toute allure sur une longue piste uniforme de tarmacadam à deux ou trois voies !
Aujourd'hui, pour rejoindre la Croisette, on prend le goudron à Lens, et on le quitte à la bretelle de Cannes ! Dans l'intervalle, on n’a observé que les lignes blanches de l'autoroute avalée à 140 km/h, avec pour seules étapes des stations service, et quelques pauses café...
Tout autre sera notre voyage de 1954 par la N° 7 !
Cette fois, sur la "route de Fontainebleau", c'est nous que les badauds regardent passer à Orly - qui n'est toujours qu'un terrain militaire ! – dans notre simili breack surchargé !
Nous traverserons Juvisy et son ancien pont des Belles Fontaines construit par Louis XIV (qui, depuis, a été détruit pour élargir la chaussée), Corbeil, Fontainebleau et les grilles de son château, enfin son immense forêt aux arbres centenaires.
Puis, c'est la plaine de Brie, vers Montargis - avec ses marchandes de miel et de nougats de part et d’autre de la chaussée - et Cosnes sur Loire.
Paysages magnifiques, tels qu’ils étaient depuis cent cinquante ans, les nécessités de la circulation automobile n’ayant pas encore altéré l'environnement : Les routes ont encore la largeur que leur avait attribuée le Ministre de Louis XIV, Colbert, délimitée par une double rangée d'arbres superbes, et suivant exactement le tracé de celles des anciennes diligences
Nombreux subsistent d'ailleurs les anciens « relais de poste » qui permettaient les changements d’attelages, mais transformés en hôtels restaurants, qui ont gardé leurs enseignes évocatrices : "Relais du cheval blanc", "Hôtel de la poste" (chevaux de poste)...
On est constamment en prise directe avec l’environnement et la nature, d'autant que rares sont les lignes droites de dix kilomètres permettant de rouler à presque 100 km/h., !
La route est parfois difficile, parce qu’elle respecte un ancien morcellement de terrain ou une traversée de commune, par des "S" brutaux non signalés, qui oblige à perdre subitement de la vitesse.
On traverse chaque ville ou village en son centre, et l'on peut y admirer à loisir, monuments historiques, église ou cathédrale. Allure très réduite car souvent ralentie par l'attelage d'un fardier, d'un tombereau, d’une voiture de glacier ou un chariot de paysan... Quand ce n'est pas l'étroitesse de la chaussée elle-même, étranglée entre deux hautes rangées de très vieilles maisons à étages.
On a alors le temps de regarder, d'apprécier... Et même celui de s'énerver contre la placidité d'un charretier revêtu de son ample manteau de cuir et armé d'un fouet au court manche de micocoulier tressé...
J'ai confié à mon petit mouton émerveillé, un guide touristique des villes de France : A chaque localité traversée, elle en lit le commentaire historique et monumental de la cité traversée, ce qui ajoute à notre plaisir. A ce train, on ne dépasse guère les 60 km/h de moyenne.
Depuis que nous avons franchi la Loire à Cosnes, le paysage a changé : On approche du Morvan. Au-delà de Nevers, c'est déjà le Massif Central, avec ses sommets arrondis sur lesquels pèse un lourd ciel d'orage qui nous enveloppera bientôt avec une violence à laquelle nous ne sommes pas habitués.
Que nous semblons petits et dérisoires, presque seuls sur la route, dans notre minuscule camionnette secouée et mitraillée par la tornade de grêle, mais qui continue néanmoins d’avancer gaillardement dans une pénombre qu'illumine d'immenses éclairs zigzagants !
Puis enfin le paysage, d'un coup, tel un rideau de théâtre, s'ouvre sur un monde nouveau.
Après avoir traversé Saint Etienne, ville étirée en longueur et encombrée de tramways, nous entamons la descente du col de la République. Nous voici dans la vallée ensoleillée et chaude de Bourg-Argental, "la porte du Midi".
C'est déjà le Sud. Apparaissent les premiers oliviers. Nous apprenons par notre guide touristique, que désormais toute l’eau des pluies s'écoulera vers la Méditerranée, car nous venons de franchir le « toit » du Massif Central.
Il fait soudain presque chaud, alors que le soir tombe. C'est le moment de penser à s'arrêter pour camper, dans l'étonnement ravi de la douceur de la nuit.
Le lendemain sera la journée de tous les émerveillements…
La découverte d'une autre France : Celle, privilégiée, du soleil ! Tout y est différent : Le style des maisons, la végétation, les paysages, les habitants.
Après Saint-Vallier, nous découvrons subitement, au fond d’une vallée, le double confluent des deux grands fleuves - que je n'imaginais pas si imposants - la Saône et le Rhône.
Lyon, ville majestueuse et architecturale, aux larges boulevards longeant les rives de ces exceptionnelles voies d'eau, dominée par la colline de Fourvière et son étrange cathédrale à quatre tours d'angle qui la font ressembler, de loin, à un éléphant retourné sur le dos.
A partir de la capitale rhodanienne, quatre cent kilomètres de route uniformément plate, nous attendent. La route nationale, capricieuse, joue avec la voie ferrée Paris Marseille, qu'elle traverse à maintes reprises par des passages à niveau aux barrières souvent baissées, et avec le Rhône, allant de rive droite en rive gauche.
Nous découvrons, émerveillés, les premiers villages méridionaux, presque médiévaux, avec leurs places ombragées d'immenses platanes, véritables oasis d'ombre et de fraîcheur…
Aux fontaines moussues où nous remplissons nos deux jerricans d'eau potable, occasions de découvrir le spectacle d'un mode de vie extérieure, totalement différent de celui de nos pays du nord…
Femmes bavardes, bras nus, robes légères et colorées pour les plus jeunes, uniformément noires et longues pour les plus âgées, toutes apparemment nonchalantes, mais toujours enjouées et abondamment loquaces. Premiers joueurs de boules,premiers marchés extérieurs permanents aux étals multicolores de fruits et légumes inconnus.
Dans les villages, la route est souvent très resserrée, sans trottoir, s'enfilant entre les hautes façades d'immeubles ocres aux étroites fenêtres dotées de volets clos. Mais reliées, les unes aux autres, par un véritable réseau de fils garnis de linges aux teintes vives.
Mais nous comprendrons bien vite que le soleil, qui nous ravit et nous a fait enlever presque tous nos vêtements, peut être aussi un adversaire avec lequel il faut compter, et même se défendre, tant il est brûlant ! Et nous ne tarderons pas à comprendre qu'aux heures de canicule, le "Paradis d'Allah" se trouve à l'ombre...
Dommage qu'il faille si souvent ralentir car, allégrement les six chevaux de ma Simca ont tendance à s’emballer… En effet, nous descendons constamment vers la mer. Encore un peu, et l'on pourrait atteindre les 100 - 110 km/h !
Le Rhône que nous longeons toujours, atteste de cette déclivité constante : En dépit de sa largeur, il est souvent impropre à toute navigation en raison de la vitesse de son courant.
Au fur et à mesure que la Provence approche, nous sentons davantage la morsure du soleil. La chaleur devient surprenante. Nous roulons toutes glaces ouvertes, guettant le premier bouquet d'arbres pour pouvoir pique-niquer au frais.
Autour de nous, le paysage vibre de chaleur. Aucune ombre à l'horizon : La plaine du Rhône est nue comme la main. Rien que des vergers en espaliers à perte de vue, divisés par de véritables murs de hauts conifères vert foncé serrés les uns contre les autres, les cyprès, pour se défendre du mistral.
Faute de mieux, je décide d’abriter ma Simca côté ombre, au couvert de l'un d'eux. Mais, au sortir de la voiture, nous avons subitement l'impression d'entrer dans un four surchauffé, la vitesse nous ayant habitué à une impression de fraîcheur !
Wanda s'affaire pour préparer notre repas, et mes oreilles oublient peu à peu les bruits du moteur et tous les fracas de la route. J'observe alors d'étranges stridences, qui naissent et s'arrêtent, venant de toutes les directions ! Cette musique monocorde emplit l'air avec force.
Intriguée, mon épouse suspend son travail et m'interroge du regard. Je suis perplexe... Soudain, l'illumination me vient : Les cigales ! Emerveillés et ravis, nous éclatons de rire... Et chantons aussitôt en duo la célèbre romance de Tino Rossi :
-« Bonjour, cigalons et cigales,
Bonjour, pays, de mes amours…
Maintenant, nous n'avons plus qu'une hâte : Atteindre le plus vite possible la mer et sa fraîcheur. Malheureusement pour nous, les kilomètres défilent lentement en raison du nombre des bourgades que nous devons traverser à l'allure des charrettes hippomobiles...
Valence, Orange, Avignon. Nos yeux ne se rassasient pas des ocres et des roses des vieilles pierres, des couleurs fanées des façades, des toits de tuiles romaines vieillies sous le soleil.
ous atteignons maintenant la Haute Provence, quasi inhabitée. Site aux énormes rochers calcaires blancs dénudés, que la lumière déclinante du soleil colore bientôt de nuances beiges et rosées. Rare végétation odoriférante des genêts, thyms, et romarins. Entêtante.
Tant de nouveautés, de solitudes grandioses, de couleurs inconnues et de splendeurs, nous étreignent le cœur d’émotions.
Les heures passent. Il faut se décider à chercher un nouvel endroit pour camper, un peu avant Aix-en-Provence. Instruits par l'expérience du midi, nous recherchons dans la campagne une tache d'ombre de vraie verdure.
Je crois avoir enfin trouvé ce qu'il nous faut, un peu à l'écart de la route, près d'un grand "mas" isolé auquel conduit une voie pierreuse. Un groupe de figuiers, aux épaisses et larges feuilles vert sombre en forme de main, nous y attend.
Deux hommes travaillent à proximité. Ce sont les propriétaires des lieux. Ils acceptent sans hésiter notre présence, et nous questionnent :
« Vous êtes de Paris ?
Leur savoureux accent chantant nous ravit, tout autant que la chaleur de leur accueil.
A peine aurai-je terminé de monter la tente, qu'ils reviendront, les bras chargés de fruits et de légumes - premiers poivrons rouge vif et aubergines violettes - pâtisserie sèche, et bouteilles de vin de leur vigne. Sans oublier l’anisette pastis "maison", pour l’apéritif...
Ils dîneront même avec nous, avenants, ouverts et prolixes, et resteront – en dépit de notre évidente fatigue d’une journée de route - jusqu'à une heure avancée de la nuit. Un voisin viendra même les rejoindre...
Ils nous feront promettre de ne pas partir sans leur dire au revoir. En échange, je leur demande le service de nous appeler tôt le matin, car nous avons oublié notre réveil jazz à sonnerie.
A l’aurore, nous sommes tirés de notre sommeil en sursaut… par les harmonies martiales d’un cuivre sonnant contre la toile de notre tente l'air martial de :
-"Soldat lève-toi,
Soldat lève-toi bien vite…
Notre voisin d’hier avait été clairon dans l'armée !
Quelques minutes plus tard, nos nouveaux amis nous apportent un petit-déjeuner provençal : pain et charcuteries sèches, le tout arrosés de vin rosé.
Tant de gentillesse, d'amitié désintéressée nous convainc de rester sur place quelques jours sur leur domaine de Ceylony.
Il est situé à cinq kilomètres d'Aix, trente cinq de Marseille, cinquante de La Ciotat, et trente de l'étang de Berre. Nous pourrons y laisser notre matériel en toute sécurité, et rayonner vers ces lieux aux noms enchanteurs.
Voiture allégée, nous filons vers la Méditerranée, traversant les bourgades typiques de Roquevaire, La Destrousse et Pont de l'Etoile, baignées d’un agréable soleil matinal et animées de marchés aux clientes volubiles.
La route, étroite et sinueuse, s’élève ensuite vers le sommet d'un plateau calcaire, entre des masses rocheuses et des garrigues desséchées. Soudain, après un dernier virage, nous ne pouvons réfréner un cri d’émerveillement :
-« La mer !
Mais pas n'importe quelle mer ! Toute l’immensité de l’incomparable Méditerranée d’un bleu cobalt profond !
Sous nos pieds, deux cents mètres plus bas, un panorama splendide se déroule sous nos yeux, compris entre les falaises arides du massif du Puget, et limité à l'est par les escarpements boisés du cap Canaille (qui a été depuis complètement dénudé par des incendies de forêts, comme le sera un peu plus tard le massif de la Ginesse et les hauteurs ceinturant Marseille).
Un golfe profond, aux vives couleurs où scintille un rivage de galets bordé d’une frange d’eau turquoise où se reflètent de multiples teintes, découvre le site enchanteur du ravissant port de Cassis.
Superbe !
Non, sublime !
Nous arrêtons la voiture pour nous rassasier longuement de l'intensité de ce tableau flamboyant sous la lumière du soleil... Minutes inoubliables pour nous qui avons encore si peu voyagé ! Première inscription – mais définitive – des ensorcelants paysages méditerranéens !
La traversée des coteaux de Cassis vers la mer est un perpétuel ravissement ! Etonnantes murailles végétales d’un vert intense, coloré du grenat des fleurs de bougainvillées au feuillage bleu vert, tranchant sur la blancheur éclatante des maisons aux tuiles romaines ocre rouge, et aux boiseries peintes de teintes vives.
Abondance des plantes grasses inconnues, aux tons vert de gris, de taille surprenante. Aloès et agaves, avec leurs longues tiges terminées par une raquette de fleurs jaune soufre. Buissons olivâtres des bourses épineuses des figuiers de barbarie aux petits fruits lie de vin. Formes étranges des cactus de toutes sortes, aux couleurs de bronze...
J'avais pourtant lu de multiples descriptions des beautés de la Côte d'Azur, écrites de la plume des meilleurs conteurs et écrivains, vu de nombreuses photos, peintures, et films...
Mais de visu, enveloppé par le vent du large, enivré de parfums sauvages, ébloui de couleurs flamboyantes, le choc émotionnel est tout autre : Extraordinaire, inégalable !
Différence incomparable semblable à celle qui peut exister entre la meilleure des images d'une très jolie femme, et la réalité de sa vue, de son parfum, et de son contact charnel !
Encore quelques tours de roue, et la mer est devant nous, avec ses galets ronds roulant sous les vagues...
En deux temps et trois mouvements, nous sommes en tenue de bain, et courons vers elle comme des fous, riant et criant de plaisir !
Miracle de la tiédeur et la transparence de l'eau ! Quelle différence avec la fraîcheur et la couleur limoneuse de la mer du Nord au Touquet !
Ici, l'eau est merveilleusement chaude et animée comme une caresse ! Limpide, turquoise sur les fonds de sable. Douce, féminine ! Rien de comparable avec les eaux astringentes et froides de notre région, qui étreignent le corps de leurs modestes seize à dix sept degrés ! Ici, on peut rester des heures à se laisser bercer par la légère houle, corps immobile. Véritables temps de félicité…
Cela aussi, je le savais, puisque je l'avais lu... Mais quelle différence entre l'écrit et le vécu ! Comme d’étreindre une femme à pleins bras, ou n’en voir que son reflet dans une glace.
Oui, pour moi c’est bien cela : La Méditerranée est une femme, avec toutes ses voluptés ensorcelantes !
En évoquant en cet instant où j’écris ces lignes, ces premières vacances sur les bords de la "grande bleue", ce sont effectivement tous ces chocs visuels et épidermiques qui me reviennent instantanément à la mémoire... Intenses, sublimés par le souvenir de notre communion mari et femme parfaite d’alors, de mes brûlants sentiments d’amour pour ma tendre épouse... Emerveillements des yeux qui sublimaient plus encore, mon bonheur d'aimer, et d'être aimé...
Dans le privilège de l'isolement et de la solitude des vacances rêvées, à une époque qui ignorait encore les vacances de masses et l'invasion de la multitude des touristes... L'impression égoïste, mais ô combien valorisante, d'être des voyageurs privilégies !
Quelle journée magnifique ! Inoubliable !
Le retour vers le notre camping se fera dans la splendeur d’un couchant rose propre aux paysages de Provence au crépuscule. Rassasiés de beautés, exaltés d'amour et de désir. Bienheureux temps du bonheur parfait de notre jeune couple !
Grâce à cette formule de camp de base - devenu permanent jusqu’à la fin de nos vacances en raison de l’affabilité de nos nouveaux amis - nous ferons chaque jour la découverte d'autres lieux, d'autres points de vue, toujours tout aussi exaltants :
La plage de La Ciotat, les rochers rouges de Vitrolles (alors véritable désert), l'étang de Berre (encore aussi sauvage que la Camargue et sans la moindre usine), le massif sauvage de Sainte-Baume, aux pierres vibrantes de chaleur.
Le port de Toulon, avec son golfe et son Mont Faron dont l'unique route d'alors - construite par d’anciens forçats - était particulièrement difficile et roide, et surtout à sens unique !
Mais quelle récompense au sommet ! L'immensité de sa rade, limitée par la presqu'île de Saint Mandrier et par de hautes collines boisées. Les silhouettes d’argent des vaisseaux de guerre qui contrastent avec le bleu intense de la mer... Au loin, s’allonge l'île de Porquerolles aux teintes pastel...
Longtemps je resterai songeur devant la splendeur de ces lieux, et songerai malgré moi :
-"Ah! Si je pouvais, à l'heure de la retraite, y avoir une demeure, quel enchantement !
L'imprégnation paradisiaque de la méditerranée – à vie - se poursuivra lors de circuits qui se graveront à jamais dans notre mémoire émerveillée :
Le Lavandou, le massif des Maures et ses petits ports tous aussi pittoresques les uns que les autres - à peine si nous avons remarqué plus particulièrement un certain Saint Tropez, totalement inconnu alors de la « jet société » - Saint Raphaël, Juan-les-Pins...
Marseille, grande ville nonchalante écrasée de chaleur, mais si animée eu son vieux port aux criardes marchandes de poisson…
Etalages devant les quelles nous stationnerons longuement, émerveillés par la présence d’espèces totalement inconnues, telles que murènes au corps serpentaire vivement colorés, rascasses aux aspects de masques chinois… Mais aussi devant l’amas des flasques et inquiétantes petites pieuvres et calmars,aux tentacules munies de ventouses…
Sans oublier, au loin, son château d’If, et ses proches calanques sauvages, auxquelles nous ne pourront accéder que par un bateau loués à un pêcheur…
Puis d’autres randonnées, vers Cannes, Antibes et Nice. Enfin la célèbre route en corniche de la légendaire Riviera, jusqu'à Monaco...
Véritable contes de fées, quatre semaines durant.
Féerie de couleurs, de mer et de soleil.
Et d'amour !
La tête saturée de lumières, de teintes éclatantes, d'images et d'odeurs, nous devrons finalement songer à retourner vers le nord, le temps du travail étant revenu.
Après trois jours de voyage en passant par la route Napoléon, nous voici face aux collines d'Artois. Passée la côte de Vimy, le caractéristique et brumeux paysage minier, avec ses chevalets de fosses, ses usines, ses fumées, ses cités alignées, se déploie d'un seul coup à nos yeux encore éblouis...
Quel contraste !
Il ne nous reste plus qu'à rêver à de prochaines vacances en ces lieux de délices…
Et peut être aussi, de projeter pouvoir vivre un jour, au temps de notre retraite, sur cette côte enchantée...
En attendant, au travail !
Mais nous avons aussi maintenant quelques raisons supplémentaires de vouloir réussir dans notre entreprise, de fabrication de vêtements féminins !