Un fils unique d'après guerre (1920 - 1939)

Menaces de guerre !

Oui, le spectre menaçant d'une Allemagne réarmée et revancharde, apparaissait !

Passionnément, mes trois amis, Roger, Nicolas et Jean me tiennent au courant des formidables événements en cours sur le théâtre de l’Europe.

Certes je lis tous les jours les titres de l’Excelsior de mon père, mais eux, ils ont la radio ! Et lorsque j’entends chez eux les reportages sonores de l’actualité, quelle différence d’impact ! Ne serait-ce que par l’audition des vociférations gutturales du maître de l’Allemagne, suivies des ovations inextinguibles des foules innombrables qui l’acclament !

De plus, leurs pères - contrairement au mien trop souvent silencieux et réservé, qui ne manifeste ses opinions qu'en de rares occasions comme par exemple lors de l’évacuation désastreuse de la Rhénanie par nos troupes - commentent au jour le jour les prodigieux événements en cours.

De plus, il me semble que ceux ci participent plus vigoureusement à la vie politique, soit en participant au mouvement "Croix de Feu", soit faisant partie d'associations d'Anciens Combattants. Leur prise de position magistrale correspond exactement à la couleur de mon imprégnation et à ma sensibilité profonde. Ainsi vont se concrétiser en moi, progressivement, quatre déterminations définitives.

- Le sens aigu de la priorité absolue pour tout ce qui a trait à l’intégrité de ma patrie, à sa grandeur, à sa sauvegarde. Et partant, mon adhésion d'instinct au mouvement du Colonel de la Rocque et au vigoureux engagement des Associations d'Anciens Combattants. Combien me semblera étrange et décevante l'apathie de mon père à ce sujet, lui, le héros de Verdun !

- Une répulsion épidermique pour les manifestations de rue de la gauche ouvrière, souvent débraillées, hurlantes et menaçantes, qui dégénèrent souvent en émeutes, telles les tragiques oppositions avec la Garde Républicaine du 6 février 1934.

- La réprobation ressentie envers les agissements démagogiques de la classe politique. Le scandale éprouvé à propos des escroqueries politico financières. Les promesses électorales sociales imprudentes, confrontées au réalisme totalitaire et au réarmement allemand.

- Le souhait d’un gouvernement stable et fort, capable de restaurer l’autorité de l’état, et conscient des intérêts vitaux de la France.

Pourtant, jamais, à aucun moment, nous n'avons éprouvé le souhait d’un changement de philosophie politique en faveur d’un système semblable à ceux qui sévissaient en Allemagne ou en Italie.

Même si, comme notre ami Roger, nous souhaitions un retour royaliste, c'était sous la forme d'une monarchie constitutionnelle comme en Angleterre, où le Roi serait essentiellement un représentant dynastique traditionnel, plus crédible et plus représentatif que notre série de Présidents de la République "potiches" en redingote noire !

En fait, un guide héréditaire, dont le rôle serait de toujours sauvegarder l'intérêt supérieur de la France, sa grandeur et son indépendance. Qui saurait su interdire, même au prix d'une intervention militaire, interdire en son temps, la remilitarisation allemande !

C'est dans ces dispositions d’esprit bien arrêtées que je vais apprendre, le 27 juillet 1934, cette nouvelle énorme : Des putschistes nazis avaient tenté un coup d’état à Vienne et assassiné le Chancelier Dolfuss !

Cette tentative d’annexion par Hitler – lui-même d'origine autrichienne - d’un grand pays indépendant, nous apparu prémonitoire ! D’autant plus inquiétant pour la France, que la réunion de ces deux états de langue germanique risquait de constitué au centre de l’Europe, la nation la plus puissante au niveau de la population et potentiel industriel.

Malheureusement, la marche des événements allait concrétiser nos inquiétudes. En août de la même année, le Maréchal Hindenburg, dernier rempart politique à l’hégémonie nazie, meurt. Hitler devient le maître absolu des destinées de l’Allemagne !

L'année de 1935 sera celle de la renaissance de puissance militaire allemande, Hitler annonçant la constitution de trente six divisions mécanisées, ainsi que la mise en place d’une aviation militaire puissante…

Semblant ignorer ces dangers, la France, aveugle et passive, persévérait dans ses désordres parlementaires et sociaux.

Quand allions-nous nous ressaisir ? Quand le peuple de gauche cesserait-il d'écouter les faux prêtres syndicalistes, les sirènes politiciennes, pour comprendre qu’un mortel péril grandissait à nos frontières?

Quand s'élèverait une grande voix - comme celle qui s'élèvera plus tard le 6 juin 1940 - capable de dessiller les yeux des populations laborieuses, trop enclines par nature à souhaiter d'abord du pain et des jeux ?

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Maurice NONET
Dernière modification le : March 02 2007 13:28:08.
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